Les journalistes et le stress post-traumatique

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Tribune de Patricia CHALON – Psychologue- Psychothérapeute – Rédactrice en chef de la revue Enfance Majuscule

Lors des attentats du vendredi 13 novembre, un véritable travail de compréhension  et d’accompagnement  des personnes présentant des symptômes post-traumatiques a été mis en place. Ce soutien concernait principalement les enfants, les parents, les équipes soignantes, les policiers, les pompiers et bien évidemment les proches des victimes. Pourtant une catégorie de la  population n’a pas été entendue par les psychologues, malgré  l’exposition permanente au stress à laquelle ils ont été soumis : les journalistes.

Pour mesurer l’impact que ces événements ont eu sur ceux qui sont censés relayer l’information, il serait bien sûr  nécessaire de mesurer  leur implication personnelle et  la posture qu’ils ont adoptée. Il serait aussi important de comprendre dans quelle  mesure ces reportages ont fait  écho à des évènements passés  déjà traumatisants. Mais une chose est certaines, ils ont tous été soumis à un flux tendu d’informations psychiquement éprouvantes.

Sont-ils journalistes de presse écrite, de radio, de télévision ? La caméra permet–elle d’appréhender l’horreur que, sans elle, on n’oserait approcher ? Ou au contraire plonge-t-elle dans une très grande proximité qui ne permet plus l’ analyse ? Tenir à distance le flot d’images traumatisantes par le biais d’un stylo ou d’un micro protège t-il des cauchemars ?

Comment ont-ils appris les événements  et à quel moment ont-ils été conduits à les  relayer. Dans quelle mesure le filtre journalistique protège-t-il du trauma ?

 

Bien que professionnels  ils  vont  avoir besoin, comme tout un chacun pour se reconstruire, du regard  de leurs proches  et la manière dont les proches eux-mêmes ont reçu l’information va avoir un impact certain sur leur possibilité d’empathie. Sont-ils perçus par leurs proches comme héroïques pour avoir approché l’horreur de près, ou au contraire empoisonneur du fait des images toxiques qu’ils diffusent ou provoquent dans l’imaginaire collectif.

Les événements tragiques du vendredi 13 novembre  posent une nouvelle fois avec une intensité nouvelle et singulière la question :  les images arrivent-elles dans les salons du fait des journalistes ou du fait de notre utilisation des médias ?

Qu’est-ce que la manière dont les journalistes ont traité l’information dit d’eux-mêmes ? Que peuvent-ils exprimer de leur posture face à ces événements tragiques ? Seront-ils journalistes de la même manière après les événements qu’ils l’étaient avant. Avaient-ils déjà ressenti ce sentiment d’anxiété  ou  de toute puissance face à l’information ? Toutes ces questions doivent être évoquées dans les rédactions et accompagnées par un professionnel pour avoir une chance d’être évacuées.